Anecdote – Les Petit beurres de LU

Les Petits Beurres de la marque LU ont une caractéristique

Les 4 coins représentent les 4 saisons et ont 52 dents comme les 52 semaines de l’année. En outre ils possèdent 24 trous comme les 24 heures de la journée. Chaque paquet contient également 24 biscuits.

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  1. Le vingt mars. Ce jour-là… jour du printemps !
    Les étudiants suivent le professeur. Ils sont de sortie !
    Par respect, tout le monde l’appelle Monsieur Besse. Vingt-quatre universitaires au total.
    Le Kiosque des noctambules est comme chaque jour et chaque nuit couvert des perles de Murano. Tons chauds jour, tons froids nuit… Dès la sortie du métro station Palais-Royal, le petit groupe s’engouffre dans le passage vouté en direction du jardin. Un grand square remarquable. Soudain, le professeur réduit la vitesse de sa marche, il baisse les paupières, étend les bras tel un funambule en équilibre sur son fil. Un léger courant d’air glisse sous le péristyle de Chartres.
    – Je marche sur le méridien de Paris !
    Une force, une énergie éblouissante envahit tout son corps. De fait il semble sautiller. Sous ses pieds court cette ligne invisible matérialisée ici par un médaillon de bronze. Il existe une succession d’une centaine de médaillons marqués Arago, avec un N pour indiquer le nord, un S pour indiquer le sud sur l’axe du méridien qui traverse tout Paris. Pour preuve, sous les yeux émerveillés Monsieur Besse sort de son sac une boussole Recta et fait basculer un petit miroir. L’aiguille se met à danser légèrement.
    – Ecoutez bien ! En d’autre temps, Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain mesurèrent l’arc du méridien de Dunkerque à Barcelone… afin de déterminer précisément le mètre, soit la dix-millionième partie de la moitié du méridien. Ils offrirent le mètre au monde. Vous m’entendez : Offrir le système métrique ! Ce n’est pas rien, croyez-moi ! Calculer le mètre puis le donner, c’est beau, n’est-ce pas ?
    En avançant sous les arcades du péristyle Montpensier, le professeur, un brin original, ouvre soudain un paquet de « Véritable Petit Beurre LU ». Par chance ce jour-là vous êtes vingt-quatre ! Et dans chaque paquet de gâteaux secs il y a 24 biscuits tout comme il y a vingt-quatre heures dans une journée. Incroyable !
    Il distribue un gâteau à chacun.
    – Observez ! Avant de le grignoter ! crie-t-il. Rien de particulier n’attire l’attention.
    – Des biscuits Lu, vous en avez tous vus dans les rayons du super marché, ou bien en affiche publicitaire, vous en avez mangés plus d’une fois… Comme un artiste il se lance dans une longue tirade : – Ce biscuit a quatre coins comme les quatre saisons. Si vous comptez les dents vous totaliserez cinquante-deux. Oui, comme les cinquante-deux semaines d’une année, sans oublier les petits picots, oui quatre rangées et six colonnes, soit quatre fois six, donc encore une fois vingt-quatre… Il reprend son souffle. – Autant que vous êtes d’étudiants dans aujourd’hui ! Quelle coïncidence ! Tous restent bouche bée. Ils sont stupéfaits. – Il en sait des choses Monsieur Besse avec son paquet de P’tit Lu, fait remarquer Vincent à voix basse. Puis tous, cancres compris croquent le petit-beurre qui depuis nourrit les estomacs et les rêves.
    Tout le monde marche jusqu’au bassin central en soulevant une poussière grise. Monsieur Besse sort de son sac une très longue corde étalonnée. Choisis au hasard parmi les étudiants, Christian et Lucien sont désignés pour le premier exercice. Le prof ce jour-là veut sensibiliser toute la promotion, les souvenirs de la géométrie. De toute évidence il théâtralise. En un lieu, en un jour, un seul fait accompli. La règle des trois unités réunies comme à la Comédie Française, avec le fauteuil de Molière dans sa cage de verre à qui maintenant on tourne le dos.
    – Prenez votre cahier, nous allons calculer la circonférence du bassin, vous vous souvenez de la formule ?
    – Mais il se moque de nous ou quoi, c’est pas de notre niveau ?
    Un certain Romain ose : – Oui Monsieur ! Diamètre multiplié par  !
    -Très bien ! Le terrain a toujours raison ne l’oubliez pas.
    Christian se tient debout sur le bord opposé à Lucien. Ils font passer la corde par le jet d’eau central pour mesurer le diamètre du bassin, une première fois d’est en ouest, et une seconde fois du nord vers le sud. À leur grande surprise les deux mesures ne sont pas identiques. Vingt-six mètres et quinze centimètres pour la première mesure et, vingt-six mètres et vingt-quatre centimètres pour la seconde. Monsieur Besse souhaite démontrer ainsi que le bassin n’est pas un cercle parfait.
    – M’sieur, rien n’est parfait dans la vie, vous l’savez bien…
    – C’est vrai vous l’répétez tout le temps !
    – Il faut faire la moyenne des deux mesures, m’sieur ?
    Soudain Thomas s’écrie avec certitude : – Mais si la corde est mouillée elle n’a plus la même longueur qu’au début m’sieur !
    Monsieur Besse a remis en cause la circonférence du bassin qui est donc une ellipse, et voilà qu’un potache remet en cause la longueur de la corde. Il n’a pas tort le pertinent… Ainsi après avoir fait la moyenne des deux mesures tout le monde trouve 82 mètres et vingt-quatre centimètres de circonférence, sauf Thomas un soit disant surdoué qui a pris vingt-deux septième à la place de  !
    Instant « Euréka ».
    Dans un moment d’euphorie il va jusqu’à proposer de vérifier la circonférence en mesurant le tour du bassin à l’aide de la corde étalonnée.
    – Vois-tu, celle-ci est bien trop courte.
    Le professeur et sa corde en quelque sorte ont le dernier mot, car il faut passer à un autre exercice.
    En ce doux mois de mars les magnolias laissent s’échapper de grands pétales roses.
    Un peu plus loin, Monsieur Besse fait observer que les longues rangées de tilleuls taillés en marquise sont parallèles. Autre découverte.
    – Souvenez-vous, il y a toujours un intervalle de moins que d’arbres dans un même alignement, ajoute-t-il.
    – On ne va pas tout de même vérifier…
    Il fait lever les yeux des étudiants toujours très joyeux. – Remarquez, l’émondage des arbres engendre des branches fourchues formant un demi-angle droit de manière répétitive.
    Au fond du jardin, à proximité de la galerie de Beaujolais il ressort la corde encore humide pour mesurer les quatre côtés de la clôture qui entoure l’espace réservé aux tout petits, avec un bac à sable en son milieu.
    – Exactement 12 mètres pour chaque côté.
    – Alors… c’est un carré Monsieur !
    – Êtes-vous certain que c’est un carré ? Avec cette interrogation Monsieur Besse a semé le doute… De fait, les élèves se souviennent qu’il ne suffit pas d’avoir quatre côté égaux mais qu’il faut aussi quatre angles droits ! Là, rien pour le prouver… Alors certains écrivent dans les cahiers que c’est un polygone régulier, un losange. D’autres hésitent… c’est peut-être un carré ou un rectangle dont la longueur égale la largeur.
    Plaisir de la connaissance avant celui du savoir !
    Monsieur Besse fait tendre la corde par deux sommets opposés pour obtenir des triangles. Chacun calcule le périmètre et la surface. Pendant tout ce temps le fantôme de Cocteau accompagne celui de Colette, puis au loin les spectres de Diderot, Camille Desmoulins, et Lamartine glissent sous les arcades, sans oublier l’ombre du coutelier qui vendit l’arme blanche à Charlotte Corday ! Une fragrance émane des grands parterres de fleurs. La seule chèvre du jardin est de marbre. Un anémomètre à coupelles tourne lentement au sommet d’un lampadaire, tandis que les premiers pas d’un bambin croisent les derniers d’un vieil homme. D’une fenêtre entr’ouverte au-dessus des arcades s’échappent quelques notes de piano. Les Variations Goldberg.
    Au gardien que des passants interrogent, ce dernier répond invariablement sur un ton monocorde : – Oui, les chaises sont très lourdes pour que personne ne les vole, et elles sont inconfortables pour que les visiteurs ne restent pas trop longtemps assis et que tout le monde en profite.
    Avant d’attirer l’attention sur le fait que l’on approche de midi, Monsieur Besse ramasse une magnifique écharpe rose en cachemire tombée sur le sol. Deux initiales sont brodées en lettre majuscule : D-C. Hésitant, il la pose sur le dossier d’un banc sans savoir pourquoi. Inconsciemment la phonétique lui a évoqué la mort sans qu’il le sache.
    – A cette heure, l’ombre portée filiforme d’un lampadaire peut nous indiquer le nord, et puis quoi encore ?
    Monsieur Besse lance très souvent à voix haute des interrogations comme des passerelles transparentes entre tous les savoirs possibles. Sa voix porte en elle des ruisseaux et des rivières tombés d’un manuel scolaire de géographie.
    Thomas répond : – Je crois qu’avec l’ombre on peut calculer la hauteur du lampadaire, mais j’suis pas sûr… M’sieur. Encore une fois, l’intuition de Thomas est au rendez-vous. En premier lieu l’instituteur fait mettre les écoliers par deux et propose de se procurer deux petites branches bien droites et de même longueur ramassées par terre. Ils placent la première horizontalement devant les yeux et l’autre à angle droit à l’autre extrémité. Il est nécessaire maintenant de reculer, de manière à voir le pied du lampadaire en bas de la baguette verticale et voir le sommet avec le haut de la baguette. La reculade se déroule dans la pagaille avec des chutes, des fous-rires et des rigolades ! Lorsque les deux extrémités coïncident il suffit de faire une marque au sol et de mesurer la distance entre la marque et le pied du lampadaire ! Avec joie pour ceux qui réussissent Monsieur Besse sort la corde et fait découvrir qu’ils sont à une distance égale à la hauteur du lampadaire ! Tous notent le croquis dans le cahier de travaux pratiques. Les élèves viennent de côtoyer Thalès de Milet sans le savoir.
    La matinée s’achève lorsqu’un coup de feu claque.
    Tout le monde prend peur, sauf Monsieur Besse. Les élèves, la trouille au ventre se cachent sous les bancs les plus proches. Les pigeons s’envolent sous l’effet de la forte détonation. Pas un cri, pas un blessé.
    Le silence.
    En fait, le soleil était il y a quelques secondes à son zénith. Lentement les rayons se sont concentrés grâce à une loupe montée sur un célèbre petit canon pour arriver au final sur une mèche chargée de poudre. Jadis, on savait ainsi qu’il était midi.
    – Allez ! On rentre. Les cours de sciences physiques c’est pour plus tard ! crie l’instituteur. Le groupe passe devant les sphères de Pol Bury. Lucien et Christian grimacent devant les globes en inox. Soudain, deux masques vus au fronton des théâtres jaillissent derrière l’eau qui ruisselle. La tragédie, la comédie, le reflet de leur frimousse présage des malheurs et des bonheurs qu’ils traverseront demain… D’autres élèves sautent sur les colonnes bicolores de Buren. Blanc gaité et victoire, noir tristesse et deuil. Gros bonbons pour Gargantua, « Régliss’Mint Krema » aux yeux de monsieur Besse.
    – Allez, on avance ! Le calcul des volumes c’est pour une autre fois.
    Le petit canon trône discrètement depuis des siècles au milieu d’une pelouse. Songeur et absorbé par ce lieu chargé d’histoire, Monsieur Besse revient parfois seul au Jardin du Palais-Royal… Il croise sans le savoir celle qui involontairement a perdu son écharpe rose aux funestes initiales. Après avoir franchi le Passage du Perron, solitaire et mystérieuse elle revient chaque semaine sur ses pas… Frileuse et fragile, elle porte un nouveau foulard rose, s’assied sur un banc pour lire un roman. Si elle frissonne parfois, ce n’est pas de froid.
    Au printemps, le jardin du Palais-Royal est parfois un espace vide que les gestes remplissent. Un lieu parmi tant d’autres où naissent les formes invisibles de l’instruction, de l’amour et de ses pudeurs.

    Jardin du Palais-Royal / Paris
    perigoluc@yahoo.fr

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Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

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